LA STYLISTIQUE AUX CONCOURS

Chapitre 1 : Objectifs et méthodologie

A. Rappels fondamentaux

Ne jamais commencer par la question de stylistique : les autres questions permettent de prendre profondément connaissance du texte et " ouvrent " sur lui.

Il faut analyser la mise en forme textuelle comme productrice de sens. Il faut analyser les données jugées pertinentes.

Il ne faut donc pas confondre les questions à poser sur le texte (vocabulaire, syntaxe, étude de la phrase, relations entre phrases...) et le plan construit de l’analyse.

Il ne faut pas se demander " ce que l’auteur a voulu dire ". Ce qui compte c’est ce qu’il a dit et surtout comment il l’a dit. On doit justifier toutes ces affirmations par des études méthodiques conduites.

B. Importance de la co-occurrence et de la récurrence

Ces phénomènes s’étendent à tous les niveaux. Quand on repère un phénomène intéressant, il s’agit toujours de voir son incidence sur l’ensemble du texte. Il peut devenir réellement significatif seulement si il est mis en relation avec :

car tout texte constitue un ensemble clos.

Exemples de récurrence : niveau phonique : retour régulier des mêmes sons chez Eluard.

Niveau syntaxique : répétition de la même structure syntactico-sémantique " nom + adj. A valeur active " l’aube ressemblante, la rosée montante etc...

Niveau syntactico-énonciatif : Récurrence de la négation

Exemples de co-occurrence : Hugo : le premiers et le dernier vers sont isolés des autres par une ligne vide.

C. Les deux sous-systèmes de l’oral et de l’écrit

L’écrit ne peut être interprété que comme une représentation et un retraitement de l’oral. Certains textes " tirent l’œil " sur l’aspect oralisé, comme au théâtre. Les tours de paroles sont clairement visualisés, les didascalies sont là pour fournir des informations sur la mimique, la gestuelle, la proxémique. Il en va également pour certains romans (apostrophes, exclamations, ou encore la ponctuation, chez Aragon par exemple les points de suspension matérialisent des pauses ou des silences.)

Dans d’autres cas, les faits n’apparaissent qu’à la lecture. Exemple de marquage propre à la structuration de l’oral : L’aîné surtout, la châtain aux yeux pers, dix sept ans, une bouche empourprée qui ne souriait qu’à nous et à quelques jolies filles. La construction nominale de la phrase et l’absence de marques de relations syntaxiques.

D. Présence dans la structure / absence dans la forme : le signifiant zéro

Les personnes 1,2,3 et 6 du présent de l’indicatif des verbes du premier groupe ont un signifiant zéro associé au signifié " pers. 1,2,3 et 6 du pr. de l’indicatif. " On peut rencontrer à tous les niveaux de construction du texte des trous dans la structure du signifiant qui correspondent à un signifié présent.

  1. Au niveau syntaxique, l’ellipse, en général ne se remarque pas particulièrement. Elle se trouve en effet dans des constructions parfaitement circonscrites. Dans le texte de Sartre (l. 18-21), l’asyndète, ou absence des conjonctions simplement copulatives qui doivent unir les parties dans une phrase (" ...il fit la connaissance d’Anne-Marie Schweitzer, s’empara de cette grande fille délaissée, l’épousa, lui fit un enfant au galop, moi, et tenta de se réfugier dans la mort. ") et l’ellipse du sujet vont de pair avec l’accélération du récit. Pascal : " C’est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. "
  2. L’inachèvement, en revanche, est toujours interprétable comme un procédé marqué.
  3. Au niveau argumentatif, l’enthymène, syllogisme parfait dans l’esprit mais incomplet dans la forme est un bon exemple. Il y manque la mineure ou la majeure. On saute des maillons argumentatifs que l’interlocuteur restitue sans difficulté.
  4. Certaines figures de pensée, comme la suspension qui consiste à retarder l’information principale de la phrase (" Dis-lui... (il hésite) Dis-lui que tu nous as vu "), la réticence correspond à une interruption volontaire de l’énoncé en cours (" On sortait d’un bled, alors je ne te dis que ça... ")

Chapitre 2 : le signifiant

" Le signifiant n’est pas seulement une suite de donnée de sons qu’exigerait la nature parlée, vocale, de la langue, il est la forme sonore qui conditionne et détermine le signifié, l’aspect formel de l’entité dite signe. " (Benveniste, Problème de linguistique générale) C’est dire en fait que n’importe quel son n’est pas un signifiant.

1. Etude du signifiant 

A l’oral, les signifiants se suivent linéairement : on est dans l’ordre du temporel et de la perception auditive. A l’écrit, au contraire, on a une représentation spatiale de l’ordre du visuel. C’est précisément l’effet visuel produit sur sa disposition sur la page qui fait la différence fondamentale entre le poème et la prose oratoire. Aussi :

Il faut donc prendre en considération les différents genres concernés par l’oralisation de l’écrit poésie/prose (argumentative/roman)/théâtre. On ne déclamait pas de la même manière les vers au théâtre ou dans un poème.

A. Les unités discursives et textuelles

  1. A l’écrit : l’unité syntaxique est la phrase. Les repères sont la majuscule et le point final. La phrase est segmentable en unité inférieures, les propositions et/ou les syntagmes. Les repères de segmentation sont constitués soit par des éléments lexicaux (conjonctions, déterminants, prépositions), soit par des marques morphologiques (morphologie verbale, marque de genre et de nombre), soit par la ponctuation. Le volume et la position des groupes syntaxiques sont étroitement dépendants à la fois des facteurs rythmiques et des deux règles rhétoriques d’amplification et de densification.
  2. A l’oral : Les différents groupes rythmiques sont liés ou autonomisés les uns par rapport aux autres par des phénomènes d’ordre prosodique et/ou mélodique. L’organisation syntaxique à l’oral a une dynamique qui lui est propre.

B. Les unités à l’écrit et à l’oral

  1. A l’écrit, l’unité de base est le mot. Le mot se définit comme une suite de lettre entre deux blancs. Il est segmentable en unité inférieure, les syllabes, elles-mêmes décomposables en unités graphiques minimales, les graphèmes. A un phonème unique correspondent le plus souvent plusieurs graphèmes : /o/ = o, ô, eau, au.
  2. A l’oral, l’unité de base est le groupe phonique. Celui-ci est séparé du groupe suivant par une courte pause, mais il se caractérise surtout, par la modification d’intensité, de durée ou de hauteur mélodique qui affecte sa syllabe finale. Il est généralement constitué de plusieurs mots graphiques liés en une suite sonore continue par le phénomène de l’enchaînement et de la liaison. La syllabe finale d’un groupe porte l’assonance ou la rime, et elle est en outre le lieu principal des indices de segmentation et de modalité. Ex : " Est-ce mon nom que vous demandez ? ". On enregistre deux groupes phoniques dans cette phrase. La démarcation se fait entre les deux par la montée intonative sur le mot nom et par l’intonation basse de fin de phrase.
  3. Il faut bien comprendre la divergence entre la syllabation orale et la syllabation écrite. A l’oral, on distingue la syllabe fermée cs + voy +cs de la syllabe ouverte cs+ voy. La voyelle joue un rôle central dans la constitution de la syllabe. Les consonnes, elles, constituent l’ossature sémantique et se situent préférentiellement à l’initiale de la syllabe. Ceci explique l’enchaînement et la liaison d’une part et la très nette prédominance des syllabes ouvertes. La règle classique qui bannit les hiatus (un néant affreux) relève aussi de cette tendance préférentielle.
  4. L’enchaînement s’effectue entre une consonne finale prononcée et la voyelle initiale de l’unité lexicale suivante. Il n’y a pas de modification du son de la consonne. Ex : Une excellente élève.
  5. La liaison affecte une consonne finale non prononcée et la voyelle initiale qui suit. Il y a le plus souvent une modification du son. Ex : Un excellent élève, un grand homme.
  6. La possibilité de ne pas réaliser le e dit muet en syllabe intérieure à l’oral est soumise d’une part à des contraintes d’ordre phonétique (succession de consonne imprononçables) et d’autre part à des principes normatifs. En revanche, le e joue un rôle disjonctif ou jonctif entre deux groupes rythmiques selon qu’il est prononcé ou non, en fonction de sa position initiale ou finale dans le groupe rythmique. Cela permet de mieux comprendre le rôle démarcatif ou au contraire cohésif des syllabes comportant un e dans la poésie ou encore au théâtre.

  1. La prudence est de règle dans l’analyse du rôle poétique des éléments sonores. Prenons comme exemple le vers célèbre de Racine : " Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. " N. Ruwet refuse de placer l’harmonie de ce vers dans l’accumulation des mots monosyllabiques ou dans l’allitération en " p ". Il met plutôt en lumière les ressemblances qui lient les matrices des phonèmes des quatre mots sémantiquement pleins : jour, pur, fond et cœur, ainsi que la régularité des alternances des traits identiques. On peut ajouter à cela que les mots dits grammaticaux (le, n’, est, que, le, de) se caractérise par une intonation basse, sauf le forclusif de la négation (pas). Etant monosyllabiques et se trouvant en fin de groupe rythmique, les mots sémantiquement pleins reçoivent la montée mélodique laquelle contraste singulièrement avec l’intonation basse des mots grammaticaux : Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. Cela met en surcroît en lumière l’application de la loi des masses croissantes (2, 2, 2, 3, 3).

C. Le rythme

Le rythme est fondé sur la répétition à intervalles réguliers de structures identiques. Si une rythmisation est perçue alors que la cadence de la succession est parfaitement régulière (robinet qui goutte), on parle de rythme subjectif. Le rythme est au contraire subjectif lorsqu’interviennent des facteurs externes qui autorisent le groupement (pause, accent etc...) Le groupement est une caractéristique fondamentale de notre perception : quand on perçoit, on regroupe. C’est pourquoi l’analyse du rythme propre d’un texte littéraire passe toujours par la lecture à haute voix.

  1. Caractéristique : le rythme est toujours organisé sur la perception d’une différenciation temporelle et/ou intensive. En français, c’est le rythme temporel (fondé sur l’allongement) qui domine, mais le rythme par l’intensité (accent) à existe aussi. La limite temporelle inférieure est de 15 à 20 centisecondes, en deça de quoi on ne perçoit lus d’éléments distincts. La limite temporelle supérieure est celle où on ne perçoit plus de groupement : elle correspond à un intervalle de séparation entre les éléments supérieur à 150-200 cs. C’est généralement ce qu’on appelle un silence, lequel autorise l’interlocuteur à prendre la parole en situation interactive.
  2. Le groupe rythmique : le nombre d’éléments qui le constitue varie entre deux et six unités (limite de la mémoire à court terme). Dans le cas du rythme subjectif, il est constitué de deux ou trois éléments. Dans le cas du rythme objectif, il est constitué de 6 à7 éléments. Si un ensemble comporte plus de six éléments, il s’opère obligatoirement des subdivisons. On obtient alors un ensemble rythmique complet. Cela peut expliquer entre autres les césures imposées par la versification et la métrique française. Il n’existe pas de vers de moins de six syllabes. Le vers le plus employé est l’alexandrin, lequel présente deux fois le nombre maximal d’éléments admis dans un groupe rythmique. L’intervalle qui sépare deux groupes rythmiques est perçu comme plus long que les autres : il est appelé intervalle d’indifférence. En fait c’est surtout l’allongement qui est nécessaire pour établir des frontières : une syllabe allongée est perçue comme initiale si cet allongement est bref, comme finale s’il est long.
  3. L’accentuation : l’effet d’accentuation n’est pas toujours le fait de l’intensité. Il peut être produit par un allongement ou par une différence de hauteur mélodique. Une montée en finale de groupe rythmique signifie que le segment qui suit est lié à ce groupe. L’allongement de la finale d’un mot est toujours perçu comme un indice de fin de groupe.
  4. L’accent est toujours perçu comme marquant soit un début, soit une fin de groupe. L’accentuation forte sur l’initiale d’un mot ou d’un groupe rythmique ou sur un mot monosyllabique contribue à détacher ce mot de la suite discursive. L’effet produit est une emphase sémantique. Ex : Envolez-vous, pages tout éblouies ! En revanche, la montée intonative très forte sur la syllabe finale indique une focalisation opérée sur le mot ou sur le groupe syntaxique qui l’inclut. Elle souligne une opération d’extraction comparable à celle qu’effectue le présentatif discontinu c’est...qui/que. Ex : C’est à moi de m’en taire, à vous de me le dire.

D. La ponctuation

Si la poésie contemporaine peut tirer parti de l’absence de ponctuation c’est précisément parce que la mise en page typographique du poème et l’exploitation des blancs construisent une lisibilité spécifique. Ex : Eluard. Du pays de ton front au climat de ton sein / j’ai ranimé la forme de mon corps sensible. Soit on décide de rattacher le SP de mon corps au verbe : on marquera une intonation plus basse. Soit on choisit de rattacher le SP au SN la forme et les intonations des deux groupes rythmiques seront identiques.

La ponctuation se subordonne aux trois principes suivants : le besoin de respirer ; la distinction des sens partiels qui constituent le discours, la différence de degrés de subordination qui conviennent à chacun des sens partiels.

  1. Ponctuation, intonation et prosodie : Il est toujours intéressant de s’interroger sur les informations qu’apporte la ponctuation sur la prosodie et la mélodie du discours, car la ponctuation n’est pas toujours en étroite relation avec ces dernières.

E. Les figures sur le signifiant

Un certain nombre de figures jouent sur le signifiant phonique ou graphique :

Chapitre 3 : le signifié

La linguistique s’est tardivement appliqué à dégager les unités minimales du sens appelés traits sémantiques ou sèmes, du plan de la forme du contenu (signifié).Ces unités distinctives se combinent pour former le signifié complexe (le sémème) d’un lexème, d’un syntagme, bref, d’un signe. Le sémème est donc la combinaison de plusieurs traits sémantiques.

A. Les unités minimales ou sèmes

  1. Il existe différents types de traits qui organisent une partie du lexique (noms, verbes...) et qui structurent les relations syntaxiques. Ce sont d’une part les traits lexicaux inhérents qui hiérarchisent noms, adjectifs, verbes. Les plus importants sont :

d’autre part, les verbes et les adjectifs comportent à la fois traits lexicaux et traits contextuels (contraintes ou traits, de sélection) qui définissent les règles d’accord avec les autres unités auxquelles elles sont syntaxiquement liées. Ainsi, les adjectifs heureux ou surpris ont les traits contextuels : N / + animé, + humain/. La séquence le rocher (/ + commun, – animé /) surpris constitue un syntagme non acceptable par non-compatibilité de traits contextuels.

  1. Les traits sémiques ou sèmes sont les mieux connus. Leur analyse dans un texte permet de faire apparaître un niveau de structuration sémantique : l’isotopie (ou redondance du même élément). Voir à ce sujet chap. 6.
  2. Les traits lexicaux peuvent être modifiés. Il convient donc de distinguer les modifications qui sont un fait de langue de ce qui caractérise l’écriture textuelle particulière. Deux cas :

B. Relations sémantiques fondamentales

  1. Homonymie et polysémie : Par homonymes, on entend des unités lexicales, syntaxiques, morphologiques dont le signifiant phonique et/ou graphique est identique, mais dont le signifié est radicalement différent. Ainsi la forme ment, qui entre dans la dérivation nominale et adverbiale, correspond à deux homonymes qui se combinent chacun avec deux bases différentes, l’une verbale et l’autre adverbiale. La polysémie est une propriété d’une même unité pourvu de plusieurs sémèmes qui ont entre eux des données communes.
  2. Synonymie : C’est l’équivalence sémantique entre deux unités, mais cette équivalence présente des degrés. Une synonymie totale exigerait au moins une combinaison de traits identiques, et une distribution équivalente : or les rapport syntagmatiques et paradigmatiques limitent ces commutations et ces identités. En revanche des relations de paraphrase s’établissent dans les textes. On parle alors de parasynonymie.
  3. Antonymie : On distingue plusieurs sortes d’antonymes :

  1. Les termes inverses : ou réciproques. Il s’agit de couples comme acheter, vendre (modification des rôles actanciels, cf. chap. 5) ou offrir, recevoir.
  2. Hyper-hyponymie : il s’agit des relations qui unissent des signes dans un même univers de référentialité (co-référence). Au niveau référentiel, ces relations ont pour but leur identification au moyen du nom (dénomination). Il peut être intéressant, dans un texte d’analyser les co-référents. Ex : tous les termes qui renvoient à un seul objet dans un texte. Au niveau lexical : ces relations instaurent un ordre hiérarchique entre les signes. L’hyperonyme voilier peut reprendre l’hyponyme bateau, mais l’inverse n’est pas possible.

C. Les systèmes de significations : dénotation et connotation

Les systèmes de connotation sont fondés sur le système de dénotation premier et ne l’annulent jamais. Ils apportent donc du sens en plus et ne se substituent pas à la dénotation qui, elle, se fondent sur la fonction référentielle du signe.

Un mot isolé ne connote pas en soi : il est à relier avec d’autres termes, présents ou non dans le texte à étudier et il acquiert un sens supplémentaire par rapport à son sens dénotatif. Les systèmes de connotation sont liés à des données socio-culturelles, ils évoluent au fil du temps et sont communs aux groupes qui partagent les mêmes données socio-culturelles. Ex : Dans le texte de Tartuffe, le vocabulaire est religieux : c’est donc le système dénotatif qui est à étudier.

  1. L’énonciation

Il faut construire les relations entre les énoncés donnés et leur énonciation. L’énonciation est un acte d’appropriation de la langue par le locuteur, lequel énonce sa position de locuteur par des indices spécifiques. Outre les déictiques, il est important de signaler le rôle joué par les modalités d’énonciation (assertive, interrogative, etc.) et des modalités de message (cf. chap. 5).

E. La négation

On oppose traditionnellement : la négation lexicale (Mots dérivés. Ex : impossible. Mots composés. Ex : le non-dit.) ou la négation sémantique, lexème comportant un trait négatif (Ex : empêcher, interdiction) et la négation dite syntaxique, de nature adverbiale sous forme de morphème discontinu (Ex : ne...pas, ne...personne). Ces deux types de négation ne jouent pas du tout le même rôle discursif et énonciatif. La phrase de polarité négative immédiatement associable à la phrase. Par contre, le lexème préfixé ne peut pas être mis en correspondance stricte avec le mot non préfixé : il prend le plus souvent une valeur modalisante d’appréciation subjective. C’est ce que montre la possibilité de l’associer à des constructions marquant l’intensification, d’où le terme non préfixé est exclu : complètement impossible, et non complètement possible. Cf. Texte de Rousseau (T12 : p. 50-51).

F. Explicite et implicite

On a bien fréquemment besoin, à la fois de dire certaines choses, et de pouvoir faire comme si on ne les avait pas dites. Il y a tout d’abord dans toute collectivité, un ensemble de tabous linguistiques non négligeable. Ces tabous ne frappent pas seulement les mots, mais des thèmes entiers. Il y a deux types de procédés d’implicitation :

La signification implicite apparaît comme surajoutée à une autre signification que nous appellerons littérale. Celle-ci est élaborée par l’explicite. Il faut toujours s’efforcer d’analyser l’implicite dans ses rapports avec l’explicite, et, dans certains cas, à l’ellipse.

G. L’intertextualité

Il s’agit de l’inscription au sein d’un discours d’autres discours qui le structurent, et qu’il modifie en les intégrant. Ainsi, la Bible et les textes religieux structurent T4, T22, T28, T31, T34.

H. L’univers de discours

Tout texte construit son univers. C’est dire que le vocabulaire aussi bien que la syntaxe y concourent, ainsi que les marques formelles de l’énonciation. L’intertextualité contribue aussi à son élaboration, à la fois par l’arrière-plan qu’elle dessine, et par l’inscription qu’elle opère de ce texte dans un vaste ensemble discursif. Ainsi, le sens n’est jamais une donnée première, immédiatement lisible : c’est une construction structurée par l’ensemble des autres composantes. Il faut aussi penser à l’analyse présentée par Jakobson des fonctions du langage. Un bon exemple est le texte de Tartuffe :

Chapitre 4 : le signe

Se basant sur une comparaison entre la langue et le jeu d’échec, Saussure, dans son cours de linguistique générale, fonde par la valeur l’unité de système de la langue, c’est à dire le signe.

Il pose également le principe de l’arbitraire du signifiant par rapport au signifié, " avec lequel il n’a aucune attache dans la réalité. " Revenant sur ce problème, Benveniste (Problèmes de linguistique générale) déclare que " le signifiant est la traduction phonique d’un concept ; le signifié est la contrepartie mentale du signifiant. Cette consubstantialité du signifiant et du signifié assure l’unité structurale du signe. " Ainsi, le signifié serait le sens générique auquel le signifiant renvoie. Et Benveniste conclue : " Ce qui est arbitraire c’est que tel signe, et non tel autre, soit appliqué à tel élément de la réalité, et non à tel autre. " Il introduit ici la notion de référent (car un signifiant n’existe en tant que tel que par son signifié ; l’arbitraire est que le signifiant, et donc le signe, soit appliqué à tel référent.)

A. Le signe linguistique

L’association stable d’un signifiant et d’un signifié constitue le signe. Saussure définit cette association comme arbitraire, c’est-à-dire non-motivé. Chaque signe n’a de valeur que par opposition aux autre signes. Ce ne sont pas eulement les unités lexicales isolées qui constituent les signes linguistiques, mais un ensemble complexe (phrase, paraphrase, texte). Tout peut aussi bien fonctionner comme un signe (par co-occurrence ?).

B. L’articulation signifiant / signifié dans un texte.

L’image graphique et la forme phonique du mot ont une grande importance. Mais les unités du signifiant ont un rôle distinct dans l’articulation du signifiant et du signifié : les voyelles permettent la syllabation et donnent le rythme, les consonnes fournissent l’ossature sémantique des unités lexicales et renvoient par-là au signifié.

Ex : dans le texte de Germinal (T15), il y a un jeu sur l’articulation entre le signifiant et le signifié. Le mot germinal n’apparaît que dans le titre, mais les unités lexicales du texte mettent en place la structure phonique et graphique du mot : jaillissait, bourgeons, s’allongeaient, gerçaient, chaleur, lumière, camarade, tapaient, enflammés de l’astre, matinée, germination. D’autre part, la plupart des mots donnent tout le vocabulaire de la germination.

C. Le référent

C’est la question du rapport entre les mots et les choses de la réalité extra-linguistique. Le référent n’est pas l’objet désigné par le nom, mais la représentation de cet objet que le langage permet de construire. Le réel construit par le discours (selon L. Danon-Boileau) n’est par un pur reflet de la réalité extérieure, mais il est constitué par l’ensemble des représentations des interlocuteurs, ou plutôt des co-énonciateurs, au moment de l’énonciation. La nature du référent est donc l’effet d’un consensus de représentation à une époque pour une société donnée.

Ex : Le texte de Corneille (T19) illustre bien ce problème de la désignation et la vérification du référent. Comment Psyché pourrait-elle nommer ce qui n’a pas encore de nom pour elle ? " Un je ne sais quel feu que je ne connais pas. " Comment pourrait-elle savoir que le signe aimer est celui qui convient pour appréhender le référent : " Et je dirai que je vous aime / Seigneur, si je savais ce que c’est que d’aimer. " Une ambiguïté, cependant, est latente dans cette phrase : elle a visiblement choisi le bon signe. En fait, elle commence par décrire progressivement les propriétés du référent de façon égocentrée avant de faire jouer la co-énonciation, en mettant directement en cause son interlocuteur. Car c’est de lui qu’elle attend la nomination du référent, afin qu’elle puisse à son tour l’identifier : " c’est à moi de m’en taire, à vous de me le dire : / Et cependant, c’est moi qui vous le dis. "

D. Référence actuelle et référence virtuelle

Une unité lexicale correspond à deux niveaux référenciation distincts. Le segment de réalité associé à une séquence est sa référence actuelle. L’ensemble des conditions caractérisant une unité lexicale est sa référence virtuelle.

  1. Le niveau de la référence actuelle est celui de la réalisation effective. Le référent est construit dans et par l’énoncé. Pour qu’un signe acquière une référence complète, il faut qu’il soit utilisé dans une situation d’énonciation précise. Ainsi, en français, ce sont en général les déterminants qui fournissent des indices pour la saisie du référent des noms.

  1. Le niveau de la référence virtuelle correspond à l’ensemble des traits qui constituent le sens lexical du mot (dictionnaire). Ces traits circonscrivent une classe de références possibles. D’où la possibilité, en discours, de trouver un sujet nominal sans déterminant en relation avec une négation totale. Ex : Jamais homme n’a été tant vu que moi. (T3) En discours, le référent virtuel, conditionné par le sens lexical d’un nom sans déterminant correspond toujours à un contenu de sens permettant la qualification ou la spécification d’un référent déjà construit dans le réel : Le messager de mort (référent spécifique), noir recruteur des ombres (référent virtuel)(T21). Autre ex : j’ai à peu près exercé la double profession d’auteur et de libraire (noms sans déterminant derrière préposition : référence virtuelle en corrélation avec un référent déjà construit : la double profession).
  2. Pour illustrer les deux types de référenciation, on peut également prendre l’exemple de la pronominalisation.

E. Le référent dans un texte littéraire

On ne peut pas établir une différence tranchée entre le texte littéraire et l’utilisation ordinaire du langage, ni à l’oral, ni même à l’écrit : tout dépend du type de lecture qu’en fait le lecteur. Mais on peut définir le texte comme ayant fonction de provoquer une réflexion sur la construction de la représentation, sur la nature des processus (argumentatifs, modaux et/ou référentiels) mis en jeu. Il faut donc étudier la liaison entre le référent et les instructions, c’est-à-dire les repérages qui ont servi à construire le référent. Ex : dans le texte de Diderot, le référent du mot libraire est le même dans tout le texte, mais les procédés de désignation qui servent à le construire divergent, selon la direction que prend la polémique : il n’est pas indifférent de passer de libraire à commerçant et de terminer sur disciple d’Homère ou de Platon.

On peut même opposer le théâtre, lequel peut créer une illusion réaliste avec les décors, aux différentes manières dont le romancier parvient à faire partager au lecteur la représentation de l’univers de l’œuvre. Ex : descriptions minutieuses chez Balzac, mise en place d’une série d’indices dans un roman policier, traits spécifiques d’un individu représentant d’une classe sociale, coordinations disjonctives ou conjonctives récurrentes chez Voltaire (T4 etT10), deixis dans les romans à la première personne.

On peut également opposer entre eux les différents modes de construction du référent associé à une personne qui dit je, dans les testes littéraires à la première personne (opposer le je narratif de Crébillon (T9) au je argumentatif et défensif de Rousseau. On peut également mentionner l’infléchissement humoristique que Montesquieu fait subir au référent du déictique je, en le transformant soudain en objet extérieur à l’énonciateur : Je trouvais mes portraits partout, je me voyais multiplié dans toutes les boutiques.

L’écrivain peut également choisir de jeter son lecteur d’emblée dans l’univers référentiel du roman en recourant à des procédés linguistiques qui présupposent la connaissance déjà partagée par le lecteur de l’univers de l’œuvre (présentatif, incise, article défini, première personne du pluriel) qui contrastent avec l’emploi du passé simple de " récit ".

Attention : une lecture incomplète de l’œuvre fausse la construction de l’univers référentiel.

F. Deixis, anaphore

la question de la vérification du référent se pose de la même manière à l’oral qu’à l’écrit. Le référent n’est jamais directement accessible, mais il fait l’objet d’un consensus dans la représentation, ce qui permet à chacun de faire des inférences. Pour construire une référence commune, on a recours à deux types de procédures : celles qui valent pour une ostension dans le monde extérieur, deixis, et celle qui se fondent sur une représentation dont la référence a déjà été construite, anaphore. Les pronoms mais aussi certains déterminants, et en particulier les adjectifs démonstratifs, donnent des instructions sur la manière de construire le référent.

G. Les figures liées à l’articulation signifiant/signifié ou à l’identification du référent

Chapitre 5 : syntaxe phrastique, syntaxe discursive

Il faut faire la différence entre le niveau de la cohérence syntaxique et celui de la cohérence discursive. La première relève de la grammaire. La seconde relève non seulement de la grammaire, mais des phénomènes liés à la construction du discours (rhétorique), à l’énonciation (point de vue de l’énonciateur et relation entre les co-énonciateurs) et à la nature du signifiant.

Il peut être bon, pour comprendre cela, de revenir à l’unité rhétorique que constituait la période (T2, de " Mais si... " à " nulle part "). Trois critères à retenir :

A. Valence : actant/circonstant, voix et aspect

Deux modèles descriptifs au niveau syntaxique. Le premier se fonde sur les deux constituants fondamentaux de la phrase : SN et SV, noyaux de la phrase minimale. Le deuxième permet de rendre plus précisément compte de la structure du SV. Le noyau dur d’une phrase est constitué par le verbe et les constituants nominaux – les actants – l’analyse actantielle répartit la matrice syntaxique des verbes français en quatre groupe du point de vue de leur valence (nombre d’actants que le verbe peut accrocher à lui). Les verbes monovalents (intransitifs) ont un seul constituant nominal (le sujet). Ex : il s’évanouit. Les verbes bivalents (transitifs directs ou indirects) ; Ex : Je les ai vus. Les verbes trivalents ont un sujet et deux compléments. Ex : Je puis vous assurer que rien ne... Les verbes attributifs (être, devenir, paraître...) sont en général monovalents.

A la différence des actants, les circonstants ne sont pas directement attachés au verbe, ils ont aussi une position plus libre dans la phrase. Ils ont en général une incidence plus large qui peut s’étendre à l’ensemble de la phrase. La position de circonstants n’est pas indifférente ; elle relève au contraire de l’organisation fondamentale du discours, la thématisation.

Les valences des verbes peuvent ne pas toutes être saturées. Ce processus de non saturation doit être étudié en rapport avec l’aspect et la voix. L’absence de COD lui confère souvent une valeur aspectuelle générique ou habituelle. Lorsque c’est l’agent qui est absent, le passif ou le pronominal sont requis. Ex : Je fus regardé comme si j’avais été envoyé du ciel. L’absence d’agent va de pair avec l’unanimité de la convergence des regards. Autre ex : Dois-je oublier Hector privé de funérailles. Le recours au participe passé passif sans agent renforce l’effet de présence des scène évoquées.

L’étude du statut du pronom réfléxif est à faire en fonction de la valence du verbe et aussi des actants exprimés dans la phrase : soit il fait partie du verbe (la nature toujours s’en va), soit il est substitut (pronominal réfléchi : je me sentais frais et dispos ou réciproque : les fleurs se partageaient les couleurs de midi) soit, sans être pronom, il a le statut de marqueur syntaxique : marqueur de voix passive (pronominal passif) ou marqueur d’intransivité du verbe (pronominal neutre). Ex : Il s’appelle par un nom, lui. / Il s’étonne de ce que (on identifie un verbe pronominal neutre en ce que sa construction syntaxique diffère du verbe simple.)

B. Deixis/anaphore-cataphore : pronoms déictiques/pronoms anaphoriques ou cataphoriques.

Le pronom appartient à la classe d’équivalence SN. Il n’occupe pourtant pas toutes les positions syntaxiques du SN à cause des contraintes de distribution de certains pronoms personnels. Trois classes de pronoms en français : 1) Les substituts 2) les deictiques 3) les proformes (ni substituts, ni déictiques : ils portent un trait sémantique minimal contrastif : humain vs non animé : quelqu’un / quelque chose)

  1. Un pronom se différencie du substantif du fait qu’il n’a pas de dénotation stable. Dans l’usage ordinaire de la langue, la construction du référent d’un pronom et le repérage de sa position peuvent être immédiats : il s’agit alors d’un déictique. Mais cela peut aussi nécessiter un retour sur le discours antérieur, c’est la cas de l’anaphore, ou agir en différé, c’est la cas de la cataphore. L’anaphore, dans un texte littéraire, est interprétable en terme de renvoi au contexte linguistique. Elle est un des facteurs essentiels de la cohérence discursive.
  2. La deixis, au contraire, apparaît comme un procédé marqué provoquant une sortie de la trame discursive, avec effet de rupture, selon qu’elle est interprétée comme consensuelle ou, au contraire, comme étant une représentation égocentrée de l’énonciateur (deixis de rupture). Dans les œuvres théâtrales, les deictiques sont obligatoirement en rapport avec la situation représentée. Apparaissent alors comme marqués les modes de désignation non déictiques.
  3. Dans la narration, l’apparition d’un déictique présuppose une représentation partagée entre le narrataire et le narrateur, et cela de plusieurs façons :

  1. Dans les passages en discours rapporté direct, les référents des déictiques se situent au contraire dans un " au-delà " du texte, espace vide dont les structures et la constitution s’effectuent par le biais des repères mis en place dans le texte. On appelle référenciation l’ensemble des procédures énonciatives qui permettent de bâtir un lieu autorisant lecteur à former des déductions que le texte vient lui-même confirmer ou infirmer. Ex : Tu n’étais plus quand ils se sont amenés en 18 ? C’est vrai, tu étais à Salonique... Bien, ils étaient comme ça ! (T7) Quand ils renvoient anaphoriquement, par référence virtuelle, à un référent construit dans le texte du paragraphe précédent, les éléments déictiques, ça et comme ça sont donnés avant les éléments qui permettent de construire leur référence, à savoir Salonique pour circonscrire le référent de , et le commentaire du narrateur pour celui de comme ça.

C. Les phrases à présentatif.

On différencie les types de phrase avec trois niveaux : modalité d’énonciation (obligatoire et exclusive : déclarative, exclamative, interrogative, impérative) ; modalités de

discours (facultatives et combinables : passive ou pronominale passive, impersonnelle, emphatisée, présentative) ; polarité (positive, négative). Les présentatifs (voici/voilà, il y a) ont pour rôle commun d’actualiser.

  1. voici/voilà : leur emploi ne correspond plus à une distinction entre emploi anaphorique (voilà) et cataphorique (voici). Ils ont tous les deux pour rôle commun d’opérer un renvoi, soit à la situation de communication (rôle déictique), soit à un fragment de discours antérieur (rôle anaphorique : ex : Voilà comment Pyrrhus vint s’offrir à ma vue. ), soit d’annoncer ce qui va suivre, rôle cataphorique. Différence : voici opère une localisation par rapport à lui-même, de façon égocentrée. Voilà opère cette localisation par rapport à lui-même et par rapport à son interlocuteur, de façon consensuelle donc. On peut utiliser cette propriété distinctive pour opposer entre eux les textes dramatiques, en fonction du type de deixis utilisé. Claudel, par exemple, souligne la rupture avec le public en ne retenant que le présentatif égocentré voici (T27, 31, 34). Ces déictiques n’ont pas de compatibilité avec la négation. Ne voilà-t-il pas que... n’a aucune valeur négative.
  2. Il y a sert à poser l’existence d’un objet, le plus souvent accompagné d’un circonstant de localisation spatiale ou temporelle. Son emploi est quasiment obligatoire quand il s’agit d’introduire en position de sujet ‘position thématique) un objet dont le référent n’a pas encore été donné.

D. Typologie des énoncés construits autour de c’est

C’est joue le rôle de marqueur spécifique de rhème (le constituant pivot autour duquel s’organise l’énoncé. Ex : Manger est mon occupation favorite.). Il a en effet pour rôle d’introduire un contenu prédicatif sur un objet de discours supposé partagé par l’interlocuteur. Ce contenu prédicatif sert soit à l’identification, soit à la caractérisation ou à l’appréciation modalisée de cet objet de discours. Quatre type de constructions :

  1. C’est X qui/que Y : C’est cette semaine qu’il doit venir. Ici, c’est sert à focaliser, en l’encadrant, un constituant qui prend ainsi une valeur rhématique. En effet, le segment Y est imposé comme déjà dans la situation d’interlocution. Ex : C’est à moi de m’en taire, à vous de me le dire.
  2. C’est X : c’est une bonne idée. Ce genre d’énoncé ne présentent aucune dislocation : ce sont des rhèmes purs. Le pronom démonstratif peut être soit déictique, soit anaphorique. Ex : Est-ce toi, Perdican ?
  3. C’est X Y : c’est une bonne idée, ce voyage en Bretagne/ de partir en Bretagne/que de partir en Bretagne/qu’il parte en Bretagne. Un constituant est donné après l’énoncé du rhème X. Le constituant Y n’a pas du tout le statut discursif d’un thème. Le pronom démonstratif a un rôle de substitut cataphorique : il anticipe le référent du sujet de la relation prédicative. On peut d’ailleurs permuter les éléments de la phrase sur le plan syntagmatique : Ce voyage en Bretagne est une bonne idée et reconstruire une phrase simple. C’est peut être suivi d’un adjectif (ou de l’équivalent). L’énoncé rhématique qu’il introduit prend alors une valeur de modus (il est constitué par des marques linguistiques traduisant le point de vue de l’énonciateur sur l’énoncé : adverbe etc.) par rapport au contexte qui lui sert de dictum (il constitue le noyau informatif de l’énoncé en présentant les constituants fondamentaux de la phrase. C’est ce qui est dit.). Ex : C’est jolie.
  4. Y c’est X : Ce qui est important, c’est ce voyage en Bretagne. Qu’il parte en Bretagne, c’est une bonne idée. Les énoncés de ce type présentent un double marquage. Celui du thème (TH) par le détachement en position initiale, et celui du rhème (RH) avec c’est. L’ordre est le suivant : TH + c’est RH. Le pronom démonstratif a un rôle de substitut anaphorique. Selon la nature de Y, on identifie soit une emphase syntaxique (détachement syntaxique à l’initiale) (Y est de nature substantivale), soit une construction pseudo-clivée (Y indique seulement une position syntaxique à l’initiale, sujet ou COD : nominalisation en position thématique d’un énoncé phrastique). Ex : Son grand titre de gloire, ce qui le plaçait à la tête des hommes énergiques et bien pensants de la province, c’était d’avoir arrêté de sa main... Ici, c’ a un rôle anaphorique. Cette construction permet de mettre à l’initiale de l’énoncé une proposition qui constitue le modus en lui conférant un rôle thématique de cadrage par rapport au dictum.

E. Détachement et sortie du niveau discursif

Il faut distinguer les détachements à l’initiale qui relèvent de la thématisation, les détachements en cours d’énoncé qui ont un rôle varié (apposition, apostrophe, incise), et les ajustements après le rhème, lesquels ne relèvent pas de la thématisation. L’apostrophe et l’incise sont à analyser, elles, au niveau des relations co-énonciatives et interlocutionnelles.

  1. Détachement à l’initial : Et lui, comment s’appelle-t-il ? – Il s’appelle par un nom, lui. En première position, lui a le rôle d’un thème contrastif et deictique. Par contre, en position post-verbale, il prend la valeur d’un soulignement focalisant contrastif.
  2. L’apposition concerne un constituant isolé du contenu phrastique par la ponctuation. Il assure l’identification ou la caractérisation d’un référent en introduisant une prédication de rang inférieur à la prédication principale de la phrase. Distincte de l’apposition par sa place – avant le sujet du verbe – l’épithète détachée instaure une relation circonstancielle sans marque linguistique, avec la phrase qui suit. Ex : Outré, le Dr. Sartre resta quarante ans... (épithète détaché) mais : Mais ce qui leur fit le plus d’honneur, fut la réception que leur fit la princesse Palatine Elisabeth, tante de Georges 1er, roi d’Angleterre...
  3. L’apostrophe ne relève ni de l’organisation syntaxique, ni de la structuration discursive, mais elle est liée au cadre énonciatif, à l’interlocution. Ex : Souvenez-vous en, mon cher ami...Autre ex : Et vous, Iphicrate, appelez-vous Arlequin. Vous constitue le thème sur lequel s’appuie la phrase qui suit (cf. 1)
  4. L’incise entraîne une rupture dans la structure énonciative de la phrase : elle est isolée du reste de la phrase. Elle a souvent un rôle métadiscursif ou commentatif. Ex : Mais sans renoncer pour cela, tant s’en faut, à la finesse et à l’esprit.

  1. Les reprises

Il faut savoir faire la différence entre la répétition, qui se situe dans la linéarité du texte et au niveau de la structuration rhétorique externe du texte, et la reprise qui appartient à la construction de la cohérence interne du discours.

  1. La répétition comporte fondamentalement un invariant formel. C’est souvent la forme ou la fonction syntaxique du segment qui constitue cet invariant. Ex : T27. Répétition de l’impératif songe, figure-toi, peins-toi.
  2. La reprise est fondamentalement liée à l’anaphore. Elle prend une grande variété de formes. Elle peut s’effectuer sous la forme d’un substitut (pronom, adverbe etc...)d’un terme synonyme, d’un hyperonyme, d’une métonymie, d’un changement de classe lexicale etc. Les reprises à l’initiale peuvent assurer la liaison entre les propos d’un interlocuteur ou servir à souligner une articulation dans la structure interne. A la finale, elles ont un rôle plus rhématique. Elles ont souvent un rôle cumulatif.

G. les principales figures syntaxiques

Chapitre 6 : le lexique

A. Préliminaires

Le vocabulaire est une sorte de tri effectué par l’auteur dans le lexique de la langue. Il faut donc combiner les compétences lexicales de locuteur-lecteur (sémantique lexicale), et les données de l’énoncé-texte (sémantique contextuelle). Il s’agit relever et d’analyser les occurrences (un mot employé deux fois au singulier, une fois au pluriel compte pour un mot mais pour trois occurrences.). Il faut que l’attention soit retenue par l’accumulation de vocabulaire, les vides (mots simplement suggérés par son contraire, par exemple), les mots qui n’ont qu’une seule occurrence, mais dont le poids est considérable.

B. Sémantique lexicale : données morphologiques

Le lexique de la langue se partage en lexique simple et lexique construit. Les procédés de construction sont la dérivation et la composition, au sein de laquelle on trouve la synapsie (Ex : machine à coudre ou maison de la culture relèvent de ce dernier mode mais non rouge-gorge qui est un composé.)

  1. La dérivation s’opère de trois manières.

  1. Le suffixe opère en général un transfert de classe grammaticale. A l’inverse, le préfixe conserve la classe. Quelques exceptions du genre char > antichar. Il ne faut donc pas se contenter d’identifier le suffixe ou le préfixe à sa forme sans tenir compte du transfert. Ex : -ance suffixe formateur de noms à partir de bases adjectivales et verbales.
  2. Suffixe et préfixe portent une charge sémantique qui s’associe à celle de la base, pour donner le sens dérivé. Ex : action ou résultat (lavage), agent (laveur), lieu (lavoir, laverie), diminutif (palôt), collectif (feuillage), contraire (amoral, décoller), avant (préhistoire) etc. Attention : le sens du suffixe ne retient pas toujours les sens d’une base mais en sélectionne un ou plusieurs. Ex : exploitant d’une terre mais exploiteur des hommes, ou exploitant les hommes. Faire attention aux généralités : une chemisette n’est pas une petite chemise.

C. Sémantique lexicale : lexique et syntaxe

Les unités du lexique s’analysent en traits lexicaux qui sont :

  1. des traits syntaxiques : concernent la classe du mot et ses relations avec le contexte.
  2. des traits sémantico-syntaxiques qui concernent les liens avec le référent.
  3. Exemples :

D. Sémantique lexicale : l’horizon partagée.

  1. Rappelons-nous que le signe linguistique établit un pont entre les concepts et les idées que nous avons sur le monde et ce monde lui-même. Les interlocuteurs partagent ce qu’on appelle un horizon. On ne s’interroge pas sur dedans, dehors, hier, demain, une addition, une maison, une girafe etc. Mais pour d’autres points, l’horizon partagé devient savoir ou non. On me parle de jardinage : que sais-je de cet art ? Aussi, quand la communication s’établit entre un texte et un lecteur, l’horizon semblable fonctionne mais il doit être considérer avec soin. Faire attention : aux allusions à l’antiquité gréco-latine, à la Bible et à la religion chrétienne. Faire attention également que le renvoi au savoir partagé ne tient pas dans le seul sémantisme des noms, mais au rôle des prédéterminants. Ce n’est pas le nom seul qui a un référent, mais le nom énoncé.
  2. Le rapport de dénotation relie le signe et le référent. Le rapport de connotation sont la ou les interprétations ajoutées à la dénotation par des pratiques sociales et culturelles. Commander une cuvée spéciale, c’est commander un vin précis, mais en connotant un savoir et des ressources appropriées. Ex : (T4) les ouvriers, la vigne n’ont pas qu’une connotation religieuse. Ils appartiennent sans détour au vocabulaire religieux.
  3. La dimension texte ajoute une troisième dimension aux univers des concepts des choses : celle du tri effectué par l’auteur (style). Pour distinguer ces valeurs de celles qui sont communes à tous les emplois d’un mot, on peut parler de sens et de signification. Le sens est la donnée globale, celle que cerne la définition du dictionnaire. La signification est acquise en contexte. Pour que la distinction sens/signification soit cohérente, il ne faut raisonner que dans un cadre historique homogène. Du point de vue du style cette dimension est essentielle et ne peut s’éclairer que dans le vocabulaire d’une œuvre.

E. Sémantique lexicale : les structures sémantiques

  1. On appelle sémème le sens global d’une unité lexicale et sèmes les unités linguistiques dont la présence simultanée est identifiable dans le sémème. Le sème vent est présent dans les sémèmes de brises, mistral, tempête etc. Le sème peut cependant être dénommé en plusieurs mot comme /attachement aux formes/ dans le sémème formalisme. Un sémème s’analyse en considérant son sème majeur dit sème incluant ou archisémème, et les sèmes spécifiques. Pour le sémème brise, l’archisémème est /vent/, les sèmes spécifiques sont /doux et régulier/. Pour le sémème formalisme, l’archisémème est /attachement aux formes/, le sème spécifique est : /excessif/. Quand l’archisémème est réalisé dans un mot (sans être dénommé en plusieurs mots comme attachement aux formes), on parle d’archiléxème. Ces types de hiérarchie apparaissent également dans le vocabulaire d’un texte ou d’un auteur. Ainsi, il existe des archisémèmes au sommet d’une hiérarchie de mots d’un texte qui forment les mots-clefs ou archiléxèmes de ce vocabulaire. Ex : nature chez Diderot ou société chez Rousseau. Autre ex : (T14) Pour Charles, l’archiléxème posséder comme archisémème d’adorer, revoir, baiser, toucher (car cela renvoie à ce champs lexical). ( Cf. R. Martin : Pour une logique du sens, P.U.F. )
  2. La plupart des mots de l’usage ordinaire sont polysémiques. Ex : blaireau : mammifère carnivore (archisémème) / bas sur pattes / plantigrades etc. et blaireau : pinceau (archisémème) / fait de poils (s1) / de (s2) / blaireau (s3) etc...Pas de sème commun, mais le sémème blaireau est devenu sème spécifique. C’est une relation de contiguïté. Cuirasse : partie de l’armure archisémème) / qui (s2) / protèg- (s2) / ait (s3) / le buste (s4) et cuirasse : attitude morale (archisémème) qui (s1) / protège / des blessures d’amour propre. Il y a identité de deux sèmes spécifiques d’ou la similitude entre les deux sémèmes : c’est une relation de métaphore.
  3. Deux synonymes parfaits ont en commun le même archisémème et les mêmes sèmes spécifiques. Mais on distingue entre usage courant et familier (chaussure / godasse), scientifique et courant (céphalée / migraine) etc. Les autres synonymes ne sont souvent que des parasynonymes, qui présentent une ou des différences sémiques. Quels sèmes distinguent astre et étoile ? Il faut se référer aux antonymes (cf. chap. 3). Il faut également se dire qu’un parasynonyme lexical peut devenir un synonyme en sémantique contextuelle. Pour en savoir davantage, lire p. 103-104.

F. Sémantique lexicale : le sens dit figuré

Cf. la métaphore, la métonymie ou la synecdoque qui apparaissent comme des illogismes justifiés par l’audace de leur auteurs, puis l’adoption dans la langue (catachrèse : dénomination tropologique qui se lexicalise (Grad.)). Ex : une voile pour un bateau (rapport synecdochique) ou boire un verre (rapport métonymique).

  1. La question peut être abordée à partit des traits lexicaux.

  1. Le sens figuré n’est pas un écart, une violence faite au sens propre, mais une pratique signifiante liée à l’activité figurative d’un énonciateur et aux possibilités combinatoires d’une langue. Cette activité consiste à substituer une analogie à l’ordonnance pratique que nous avons du Monde. La figure ne concerne pas un mot isolé mais une combinatoire. Il faut analyser les composantes lexicales, morpho-syntaxiques, référentielles et énonciatives.
  2. Conseils : ne pas confondre le sens figuré qui résulte de l’histoire d’un mot qui, en pratique, relève de sa polysémie, avec l’activité figurative mise en jeu par un énonciateur particulier. Le sens figuré inscrit dans la polysémie d’un mot fait partie de l’horizon partagé au début de la communication. Il faut également distinguer image, qui renvoie à une donnée psychique, de figure qui oblige é rester sur le plan de la langue. On entre dans l’analyse par la seconde.

G. Sémantique lexicale : les dimensions historiques

La diachronie correspond à l’histoire des états de langue, la synchronie à la saisie d’un état de langue. Chaque texte doit être rapporté à l’état de langue dont il relève. Quatre points à considérer : les néologismes, l’auteur en emploie un ou en crée un ; les emprunts récents : langue d’origine, influence de cette langue ? les archaïsmes, en particulier l’emploi du sens étymologique qui est souvent plus fort que le sens devenu courant ; les mots dont les sens évoluent, le texte peut se situer à un moment intéressant de l’évolution, et dans ce cas, l’histoire du mot est liée à celle de l’époque. Ex : (T1) Attention au sens classique et cornélien de vertu, généreux. Tout le vocabulaire de l’héroïsme cornélien.

H Sémantique lexicale : les dimensions géographiques

L’apparition de vocabulaires patoisants, dialectaux ou étrangers doit être également considérée. Deux questions à exami