On désigne sous ce nom à la fois les mots supports de la conjugaison marqueurs de la personne du verbe et les mots qui désignent ou bien les êtres, à qui l’on parle ou dont on parle (me/moi, te/toi, se/soi). A la différence des autres, les pronoms dits personnels n’ajoutent aucune indication sur l’être qu’ils désignent.

Le qualificatif de personnel est cependant malencontreux dans la mesure où il ne rend compte que de la désignation des personnes, au sens strict de l’interlocution. Or le statut des pronoms de la P3 est particulier puisqu’ils jouent dans ce cas le rôle syntaxique de représentant d’un tiers, présent ou non dans le contexte énonciatif, ce qui n’est pas nécessairement une personne.

A tous les autres rangs, le pronom ne réfère pas à un être déjà désigné, mais il désigne directement, comme le nom. Il est alors dit nominal.

Cette distinction est sans incidence sur la place du pronom sujet ou complément.

I. LES PRONOMS NOMINAUX

Ils présentent les personnes de l’interlocution. On trouve dans cette catégorie ceux qui désignent les personnes simples, locuteur et interlocuteur (P1 et P2) et ceux qui désignent une association de personnes. A ces personnes s’ajoutent le pronom il, sujets de verbes ou de tournures impersonnelles.

A. MORPHOLOGIE

1. Tableau des pronoms personnels nominaux

 

Formes conjointes ou clitiques

Formes disjointes

 

Sujet

Objet

Sujet / objet

Person-

P1

je

me

moi

nes

P2

tu

te

toi

doubles

P3

on

Ø

Ø

 

il

Ø

Ø

Pers.

P4

nous

nous

nous

doubles

P5

vous

vous

vous

On peut-être classé parmi les clitiques, c’est-à-dire conjoint au verbe. Il ne peut-être que sujet. Sa valeur sémantique est celle cependant d’un pronom indéfini. Quant à il, forme impersonnelle, est un pronom conjoint clitique.

2. Spécificité des pronoms nominaux

Aucune de ces formes ne marque le genre. En revanche, si les pronoms nominaux, de ce point de vue, restent invariables, l’accord en genre affecte l’adjectif ou la forme adjective qui s’y rapporte. Ex : Je me suis trompée.

Contrairement à l’idée préconçue, je et tu n’ont pas de pluriel. Les formes nous et vous qui semblent leur correspondre ne présentent en réalité ni une pluralité de je, ni une pluralité de tu (mais une fusion de tu).

Nous : je + tu ou vous ; je + il/elle ou ils/elles

Vous : tu + tu ; tu + il/elle ou ils/elles

Ni l’opposition entre forme conjointe et forme disjointe, ni l’opposition entre flexion de la fonction sujet et de la fonction complément ne sont marquées aux personnes P4 et P5.

Tous ces pronoms ne marquent pas la distinction entre COD et COI. Ex : Ils me comprennent, ils me parlent.

3. Origine

Cf. fiche ancien français.

B. EMPLOI DES PRONOMS NOMINAUX

1. Propriétés syntaxiques

Elles conservent une autonomie de fonctionnement par rapport au verbe, dont elles sont détachées. Elle peuvent apparaître dans :

Des structures d’emphase par phénomène d’extraction : C’est moi qui te parles.

Des structures d’emphase par phénomène de dislocation : Moi, je voudrais te parler.

Des structures attributives : Je reste moi quoi qu’il arrive.

Des structures prépositionnels : Il passe avant moi.

Elles sont dites clitiques et ne peuvent fonctionner séparées du verbe auxquelles elles sont contiguës, ce qui exclut tout emploi prépositionnel. Seule une forme conjointe peut être associée à une autre forme conjointe, dans la sphère du verbe. Ex : Je te donne mon avis.

Nous rappelons que les clitiques ne portent pas l’accent tonique, puisque elles sont contiguës au verbe. On y inclue on, ce, en, y et ne. A l’impératif positif, les formes clitiques P1, P2, P4 et P5 sont postposés au verbe sous une forme tonique. Ex : regarde-moi. Le trait d’union témoigne bien de la liaison nécessaire avec le verbe.

Il apparaît comme sujet dans des tours impersonnels et ne fonctionne que comme support morphologique exigé par la conjugaison du verbe, même si cela n’était pas le cas au départ (< li hum). Cette forme est dite vide.

La combinaison de deux formes conjointes (objet direct et objet second) n’est possible qu’à la condition que l’un des deux pronoms soit représentant : Tu me le dis / *Tu te me confies à moi.

2. Valeur sémantique

Ce sont des personnes de la locution. Voici les principaux point à retenir :

Il peut commuter avec moi/je, c’est-à-dire désigner un locuteur singulier. C’est la valeur de pluriel dit de majesté. Ex : Nous, Premier ministre, ordonnons...

Un autre cas est le nous de modestie, en usage dans les formes de communication écrite ou orale (conférence) renvoyant au locuteur qui s’estompe derrière le pluriel. Il peut être remplacé par on. L’accord se fait au singulier : Nous en sommes très heureuse.

Il s’emploie couramment à la place de P2, comme forme de politesse.

II. LES PRONOMS REPRESENTANTS

P3 et P6 sont des représentants : ils réfèrent à des éléments présents dans le contexte, qu’ils pronominalisent.

A. MORPHOLOGIE

1. Tableau des pronoms personnels représentants

FORMES

Formes conjointes/clitiques

Formes disjointes

Non réfléchies

Sujet

Objet direct

Objet indirect

Sujet

Objet(dir. indir.)

Singulier

il, elle

le, la

lui

lui, elle

lui

Pluriel

ils, elles

les

leur

eux, elles

eux, elles

 

en

   
 

y

   

Réfléchies

Ø

se

 

soi

2. Spécificité des pronoms personnels

La catégorie des représentants oppose la forme dite réfléchie, se/soi, qui exprime l’identité des deux actants intervenant dans la réalisation du procès et la forme dite non réfléchie, qui exprime l’intervention de deux actants différents dans le déroulement du procès.

Les formes réfléchies ne marquent jamais l’opposition du genre et du nombre ; elles n’occupent que la fonction de complément. Dans certains cas, le pronom réfléchi n’est pas même analysable : il n’assume aucune fonction mais fait corps avec le verbe. Cf. pronominal. Ex : La tour va s’écrouler.

Les formes non réfléchies marquent le plus souvent l’opposition des genres. C’est le cas pour toutes les formes disjointes. Ex : Il pense à lui.

C’est le cas aussi pour la plupart des formes conjointes, à l’exception du complément d’objet indirect (lui/leur) et du complément d’objet indirect au pluriel (les)

Le neutre n’existant plus en français, le masculin le remplace. Ex : Je le savais bien.

B. EMPLOI DES PRONOMS REPRESENTANTS

1. Propriété syntaxique

Les pronoms représentants réfère à un être présent dans le contexte textuel ou énonciatif. Ils pronominalisent l’être en question. S’il a déjà été question de celui-ci, l’emploi est dit anaphorique. Si le pronom annonce l’être dont il va être question, le pronom est dit cataphorique. Ex : il me fatigue, Pierre.

Elles peuvent être attribut : ils restent eux-mêmes.

Elles peuvent être complément prépositionnel : Ils pensent à eux.

Elles peuvent également entrer dans toutes les mises en relief s’expliquant par la dislocation ou par l’extraction : Eux, nous les aimons bien / C’est lui que je veux.

On peut hésiter à reconnaître comme sujet du verbe le pronom disjoint dans la phrase suivante : lui au moins sait ce qu’il veut. Il semble en effet que soit effacée, dans un emploi elliptique, la forme conjointe.

Clitiques, elles sont contiguës au verbe. Elles fonctionnent comme sujet : elle nous a beaucoup intéressé. Comme objet : Je la regarde.

Ces pronom peuvent s’associer entre eux s’il s’agit de compléments d’objet différents (objet direct et objet second) : je le lui donne.

2. Valeur sémantique

Comme on l’a vu, ils représentent un être déjà évoqué dans le contexte ou en phase de l’être. On constate que le pronom personnel représentant doit reprendre exactement le groupe nominal. Il y a bien co-référence, c’est-à-dire identité absolue des êtres désignés. Or la co-référence n’est possible que le pronom peut restituer l’exacte extension du groupe nominal. Ainsi, le pronom peut-il reprendre :

un nom propre

un nom commun particulier

un nom commun à valeur générique : le chien est un animal fidèle : il revient toujours vers ses maîtres. Dans ce dernier cas, le, la, les (objet) ne peut être utilisé. Il peut seulement être repris avec le pronom en suivi du numéral un.

soi renvoie le plus souvent à un animé indéfini. Ex : on a souvent besoin d’un plus petit que soi.

Mais la représentation de l’animé défini n’est pas exclue. Ex : la jeune fille revenue à soi (usage classique), toutefois concurrencée par la forme non-réfléchie. Ex : la jeune fille revenue à elle. Cette forme, disjointe et non-réfléchie, peut d’ailleurs être renforcée par même.

Soi peut aussi référer à un inanimé. Ex : la chose en soi n’est pas mauvaise. Mais il est toujours concurrencé par la forme disjointe. Ex : La chose en elle-même n’est pas mauvaise.

III. PLACE DES PRONOMS PERSONNELS

A. FORMES DISJOINTES

Toutes les formes disjointes ont un fonctionnement relativement autonome dans la phrase. Ex : Devant eux, toute la troupe défila.

B. FORMES CONJOINTES

En revanche, les formes conjointes, dites clitiques, ont un fonctionnement particulier. Elles sont par définition contiguë au verbe.

1. Place des pronoms sujets

En général, à gauche du verbe dont ils marquent le rang personnel. Ex : je travaille, vous dormez.

Ils ne peuvent être séparés du verbe que par d’autres formes clitiques : ne, en, y...

En modalité interrogative, l’ordre des pronoms clitiques est différent. Ex : Viens-tu ?

Cette postposition est de rigueur dans les propositions incises, les propositions subordonnées d’hypothèse et de concession sans mot subordonnant, et lorsque la phrase commence par certains adverbes de discours :

Exemples : Pierre, dis-tu, ne viendra pas ?

Frapperait-il des heures, qu’on ne lui ouvrirait pas.

Peut-être souhaiterais-tu rester ?

Mais même dans ces situations, le pronom est toujours adossé au verbe. Certains grammairiens ont d’ailleurs considéré le pronom comme un élément inclus dans le syntagme verbal (particule préverbale). A l’appui ce cette analyse, les tours du français familier tels que : Antoine i(l) vient demain, où le clitique ne fait que redoubler, en modalité assertive, l’expression du sujet.

2. Place des pronoms conjoints compléments

Lorsqu’il n’y a qu’un seul pronom clitique complément, il précède la forme verbale conjuguée à un mode personnel. Ex : Je l’ai vue. — Lui as-tu offert des fleurs ?

Il en allait de même en français classique, quand le verbe conjugué recevait un complément à l’infinitif. Ex : Je la veux voir.

Mais en français moderne, le pronom précède, non le verbe conjugué, mais l’infinitif. Ex : Je veux la voir.

Lorsqu’il y a plusieurs pronoms clitiques compléments, l’ordre d’apparition à gauche du verbe est précisément réglé.

Si les pronoms compléments sont tous représentants, le complément direct précède le complément d’objet second. Ex : Je la lui offre.

Si les pronoms compléments associent un représentant de la troisième personne à un nominal, la personne de l’interlocution, toujours objet second si les deux pronoms sont clitiques, précède celle de la troisième personne, objet. Ex : Pierre me le donne.

Enfin, s’il s’agit d’une combinaison du pronom réfléchi et du non-réfléchi, ce dernier précède l’objet. Ex : Elle se l’est offert.

Impératif positif : le pronom conjoint suit le verbe. Ex : Suis-moi. S’il y a combinaison de pronoms, l’objet est le plus proche du verbe, c’est-à-dire à sa droite. Ex : Offre-la-lui.

Impératif négatif : si le verbe est nié, l’ordre des compléments suit alors la règle des autres modalités. La négation précède les formes pronominales.