LE MODE
(En particulier, le subjonctif...)
Il faut connaître les conjugaisons.
Le verbe s’appréhende par l’analyse de la narration que l’énonciateur entretient avec le procès (processus : englobe l’état et l’action, donc le procès rend compte des verbes d’état et des verbes d’action).
Le mode est le degré d’actualisation que l’énonciateur confère au procès.
L’aspect est la manière dont l’énonciateur envisage le déroulement du procès.
A l’examen, il faut une justification de l’emploi du mode et des temps. Il existe des modes impersonnels : infinitif, participe et gérondif. L’infinitif est à la lisière du nom, le participe jouxte l’adjectif et le gérondif est proche de l’adverbe. Pour l’infinitif, il y a un plan attendu : il faut rechercher les emplois plutôt verbaux et les emplois plutôt nominaux, de la forme la plus verbale à la moins verbale (" Que dire ? " : délibératif : emploi très verbal ; proposition infinitive également ; périphrase verbale : il y a une dépréciation sémantique du verbe conjugué, donc l’infinitif joue pleinement le rôle d’un verbe puisqu’il participe au sens ? Exemple : " Il doit venir " : futur hypothétique, périphrase modale ; " Il va venir " : périphrase temporelle ; " Il fait faire " : périphrase actantielle.) A l’autre extrémité, il y a les infinitifs substantivés : " le coucher du soleil ". Les autres formes sont seulement des emplois nominaux.
La question du participe peut aussi se traiter de cette manière : emplois adjectivaux / emplois verbaux. Mais la question posée sera plutôt les formes en -ant : participe, gérondif et adjectif verbaux. Avant 1679, il ne faut pas oublier que tout s’accorde, et le signe " en " du gérondif n’existe pas. L’adjectif verbal va vers l’adjectif et fonctionne comme lui. Le gérondif décrit quant à lui un procès en concomitance temporelle avec le procès de l’action principale. Ces formes représentent le maximum de la virtualisation.
L’impératif est plus un mode de discours voué à l’interpellation, à la communication orale. Cf. Modalités phrastiques. Il ne s’agit plus d’actualisation.
Avec le subjonctif, nous entrons dans le temps. Mais le procès reste virtuel. Soit l’échelle suivante :
Modes non-personnel (" in posse ") ® subjonctif (" in fieri ") ® indicatif (" in esse ")
virtualisation ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ¾ ® actualisation
La visée du subjonctif est une visée critique : elle fait écran à la réalisation du procès. (Cf. le linguiste Robert Martin, Pour une logique de sens). Chaque énonciateur circonscrit un monde des possibles selon son univers de croyances, dans lequel il inscrira ou n’inscrira pas le procès. Lorsque ce dernier est inscrit dans le monde des possibles, il l’est au subjonctif.
I. Définitions
Le monde des possibles
Il comprend :
· Le monde potentiel, celui des faits non avérés mais qui pourrait l’être.
· Le monde contrefactuel : rassemble les possibles que le réel a annihilé.
Ex : Bien qu’il pleuve, je suis sorti sans parapluie.
Il n’y a pas ici de virtualité à proprement parler, mais une notion de contrefactuel. Le subjonctif de la proposition subordonnée concessive se définit comme un subjonctif contrefactuel car c’est une implication logique qui va être rejetée dans le monde des possibles et que le réel a annihilé.
Ex : Je suis ravi que tu sois venu
Il n’y a pas ici d’irréalité, mais comme le contraire de ce qui est posé dans la subordonnée aurait pu arriver, ce qui est un présupposé, on est en mode contrefactuel.
Règle de la concordance des temps
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Principale |
Subordonnée |
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Simult./postériorité de la subord. |
PRESENT ou FUTUR : Je suis contente... |
SUBJ. PRESENT ...que tu viennes. |
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Antériorité de la subordonnée |
PRESENT ou FUTUR : Je suis contente... |
SUBJ. PASSE ...que tu sois venu |
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Simultanéité/post. de la subord. |
PASSE ou CONDITIONNEL J’étais contente... |
SUBJ. IMPARFAIT ...que tu vinsses. |
|
Antériorité de la subordonnée |
PASSE ou CONDITIONNEL J’étais contente... |
SUBJ. PLUS-QUE-PARFAIT ...que tu fusses venu |
II. Emplois
Formes d’emploi du subjonctif : en proposition indépendante
" Qu’on se figure " : cette phrase se présente comme une hypothèse qui identifie la forme indéfinie au lecteur. C’est finalement une sorte d’injonction. Le présent fait coïncider le moment de la narration avec l’action injonctive. Il y a ici une valeur anachronique du présent : il y a une sorte de fixation atemporelle de la description, s’il s’agit de cela.
Les autres occurrences concernent les subordonnées.
Formes d’emploi du subjonctif : en proposition subordonnée
1. Les complétives :
S’interroger sur le verbe qui régit ou verbe vecteur. Ex : J’aurais souhaité qu’elle n’eût été ainsi. Le verbe vecteur induit une tension de la volonté et le subjonctif s’impose. Ici, le passé s’exprime avec le plus-que-parfait. Visée critique.
Autre ex : Sans croire encore que j’eusse aimé. La croyance est niée : c’est le procès de l’irréel. Plus-que-parfait du subjonctif : antériorité de ce procès par rapport à celui de la principale.
2. Les circonstancielles logiques :
a. Concessive pure
Il ne faut pas confondre concession et opposition. La circonstancielle d’opposition implique la confrontation de deux états réels, voire de deux procès, rapprochés dans le temps. C’est de ce rapprochement que naît l’opposition : elle est dite adversative : Ex : Tandis que son frère est beau, elle est moche.
La concession est l’expression de la logique contraire ou de la cause inverse. C’est une relation d’implication logique qui n’a pas opéré dans le réel. Ex : Bien qu’il pleuve, je n’ai pas pris mon parapluie.
Autre ex : Quelque transporté que je fusse, je restai de marbre. Il n’y a pas d’irréalité, mais nous sommes en mode contrefactuel. Le mode réel a annihilé une possibilité qui s’offrait d’un point de vue logique. Ici, nous avons affaire à une concessive extensionnelle.
b. Concessive à valeur adversative :
Attention ! Il existe des concessives qui combinent le subjonctif et l’opposition de deux états sur un plan de simultanéité. Ex : Loin qu’il se calmât, il gesticulait comme un furieux. L’on voit ici que la subordonnée est rejetée le monde des possibles que le réel a annihilé. C’est un rapport de simultanéité.
c. Concessive alternative
Elle ne présente pas de difficultés : Qu’il vente ou qu’il pleuve, je sortirai. La concession ici exprime toujours l’inefficacité des deux procès contenus dans la subordonnée, et donc une implication contraire à l’effet attendu. Nous sommes donc dans le contrefactuel.
d. Concessive négative
C’est le même rapport. Ex : Sans qu’il soit bon orateur, il est toujours écouté.
Annexe : l’utilisation de l’indicatif dans la concession.
Nous avons déjà rencontré un cas de figure : c’est la concessive à valeur d’opposition : avec les outils alors que, tandis que, cependant que, l’indicatif est de règle, l’accent étant mis surtout sur la concomitance des faits de la subordonnée et de la principale, plus que sur la négation du rapport d’implication, lequel reste au second plan. Ex : Alors que je travaille, tu persistes à faire du bruit.
L’autre cas concerne les concessives hypothétiques. Avec les outils même si, quand, quand même, quand bien même, l’imparfait à valeur modale traduit que le fait subordonnée n’appartient effectivement pas à l’actualité de l’énonciateur. C’est donc un fait réel et reconnu comme tel. Ex : Même si vous étiez malade, j’irai vous rendre visite.