Elles sont distinctes des relatives et des circonstancielles. Elles ont pour caractéristiques la propriété d’occuper dans la phrase l’une des fonctions essentielles du groupe nominal.

Ex : J’apprécie que tu sois venu.

Traits formels

Les complétives forment une classe hétérogène. On y rencontre :

Ex : Je m’attends à ce qu’il ne vienne pas.

Ex : Je me demande s’il viendra

Ex : Je me demande pourquoi il n’est pas venu

Traits syntaxiques

Inspirée par la fonction la plus fréquente de ces subordonnées, cette appellation de complétive méconnaît la possibilité qu’ont ces propositions d’occuper la fonction sujet.

Quoi qu’il en soit, elles ont pour caractéristiques d’occuper des fonctions nominales :

Ex : Il faut que tu viennes

Ex : L’idée que tu viennes me réjouit.

Ex : Je suis heureux que tu viennes

Remarque : Dans les phrases du type Heureusement que tu es venu ! , l’adverbe n’est pas suivi, en dépit des apparences, d’une complétive en fonction de complément. Il s’agit ici du fonctionnement spécifique des adverbes de discours. Heureusement sert ici à modaliser le contenu de l’énoncé.

Les propositions complétives jouent donc dans la phrase un rôle essentiel, et elles sont en étroite relation avec les autres constituants de la phrase. Cette interdépendance se traduit notamment par le fait :

I. COMPLETIVES CONJONCTIVES PAR QUE ET CE QUE

A. TRAITS FORMELS

1. Terme introducteur

La conjonction de subordination que

Elle est dépourvue de contenu sémantique et n’a qu’un rôle syntaxique. Elle marque la frontière entre principale et subordonnée (rôle démarcatif) et assure l’enchâssement de la subordonnée dans la principale (rôle subordonnant).

Aussi, cette conjonction nominalise-t-elle la proposition qu’elle introduit, la rendant ainsi apte à assumer une fonction nominale dans la phrase. De ce fait, elle peut être remplacée par un groupe nominal.

Ex : Je souhaite que tu viennes

Je souhaite ta venue.

La complétive n’apparaît jamais seule derrière une préposition. Cette dernière disparaît en effet obligatoirement devant la conjonction que.

Ex : Je me félicite qu’il ait réussi.

Remarque : le signe l’effacement de la préposition en surface ne modifie pas le statut syntaxique du complément que l’on pourra continuer d’appeler COI.

La locution conjonctive ce que

Elle apparaît assez fréquemment après les prépositions à et de.

Ex : Je m’attends à ce qu’il réussisse.

Je me félicite de ce qu’il ait réussi.

Ainsi s’opère une spécialisation des outils conjonctifs. Que, en l’absence de préposition, ce que après préposition.

Remarque : ce est-il pronom, auquel cas la complétive fonctionne comme une apposition (Je me félicite de ce(la), qu’il ait réussi), ou est-il déterminant démonstratif, la complétive fonctionnant alors complètement comme un nom (Je me félicite de ce [qu’il a réussi] / de [cette réussite]) ? On ne décomposera pas l’outil ce que senti comme indissociable, que l’on nommera locution conjonctive, et que l’on ne confondra pas avec la locution pronominale ce que qui apparaît dans les interrogatives indirectes.

Ex : Je t’ai demandé ce que tu voulais.

Dans ce dernier cas, que est un pronom, et non plus une conjonction. Il occupe de ce fait une fonction syntaxique dans la subordonnée (COD de voulais)

2. Intonation et ordre des mots

que servant à nominaliser une phrase, la complétive conjonctive par que ne possède pas de mélodie propre.

B. FONCTIONS DE LA COMPLETIVE PAR QUE ET CE QUE

Les complétives par ce que sont d’un emploi beaucoup moins large que les conjonctives par que. Elles sont :

Ex : Je me félicite de ce qu’il a réussi

Ex : Il n’est pas conscient de ce qu’il pourrait échouer.

1. Nature du support

Lorsque la complétive possède un support — ce n’est pas toujours le cas, puisqu’elle peut être sujet — celui-ci peut être de nature diverse.

La complétive dépend alors d’un verbe.

Ex : Il a téléphoné, pensant que je viendrais

  • Support nominal

Elle entre comme constituant d’un groupe nominal, qu’elle détermine.

Ex : L’idée que tu viennes me réjouit.

  • Support adjectival

Elle dépend d’un adjectif.

Ex : Je suis étonnée qu’il ne soit pas là.

2. Fonction de la complétive

Ex : Que tu viennes me ferait plaisir.

  • Attribut :

Ex : L’essentiel est que tu viennes

  • Complément d’objet :

Ex : Il m’a dit qu’il viendrait (direct)

Je me félicite qu’il ait réussi (indirect)

Remarque : En l’absence de la préposition (interdite devant que), on se fiera au test de la pronominalisation pour distinguer la fonction du COD (reprise par le : Il me l’a dit) du COI (reprise par en ou y : Je m’en félicite).

  • Terme complétif :

La complétive peut remplir cette fonction après une tournure impersonnelle

Ex : Il serait préférable que tu viennes

ou après un présentatif.

Ex : Voilà que ça recommence !

  • Apposition ou position détachée :

Ex : Elle n’a qu’un souhait : que tu viennes demain.

Cela me ferait plaisir, que tu viennes

Qu’il vienne, j’en doute fort.

La complétive peut en effet être rattachée à un pronom dans des constructions à valeur d’emphase.

  • Complément du nom :

La complétive entre dans le groupe nominal.

Ex : L’idée que tu viennes me réjouit.

  • Complément de l’adjectif :

Elle peut enfin entrer dans le groupe adjectival.

Ex : Je suis très heureux que tu sois venu.

C. MODE ET TEMPS DANS LA COMPLETIVE PAR QUE ET CE QUE

1. Mode

Indicatif et subjonctif se rencontrent également. L’indicatif intervient dès lors que le procès est posé, pleinement actualisé, et pris en charge.

Ex : Je pense qu’il viendra.

Le subjonctif intervient partout où le procès relève du domaine du possible,

Ex : Ce serait étonnant qu’il ne vienne pas

soit implique, en creux, la possibilité contraire :

Ex : Je suis heureux qu’il vienne (il aurait pu ne pas venir).

  • Indicatif

On le rencontre après des supports impliquant un contenu de parole ou de pensée (déclaration, croyance, certitude), puisque l’énoncé prend en charge, à des degrés divers, le contenu asserté.

Ex : Je suis presque convaincu qu’il viendra.

On ajoutera à cette catégorie les verbes de doute soumis à négation, dont le sens équivaut alors à une certitude.

Ex : Je ne doute pas qu’il viendra.

Après des supports contenant l’idée du probable (les chances de réalisation l’emportant en effet sur les chances de non-réalisation) :

Ex : Il est probable qu’il viendra.

Après des présentatifs dont le rôle est précisément de présenter ou " poser " un événement.

Ex : Voilà qu’il pleut.

  • Subjonctif

Trois types de situations :

La subordonnée complétive est en tête de phrase

Ex : Que l’Europe ait changé en deux siècles, cela est évident.

Le subjonctif est obligatoire et s’explique par l’indétermination dans laquelle se trouve l’énonciateur, à la fin de la subordonnée, quant au jugement porté sur son contenu.

Le sens du support impose le subjonctif

C’est le cas lorsque le procès est donné comme seulement possible (je crains, je défends, je veux, il est possible...). C’est encore le cas lorsque l’énonciateur présente un fait comme susceptible, normalement, de ne pas avoir lieu.

Ex : Il est scandaleux / normal / étonnant / je regrette qu’il ne soit pas là (il aurait pu être là).

Remarque : apparition possible de l’adverbe ne dit explétif, après des supports impliquant virtuellement une idée négative.

Ex : Je crains qu’il ne vienne.

La principale n’actualise que faiblement le procès.

C’est le cas lorsque le verbe recteur est nié. Ainsi, les verbes de déclaration et d’opinion qui imposent normalement l’indicatif en raison de leur sens lexical peuvent se mettre au subjonctif lorsqu’ils sont soumis à la négation : l’énonciateur ne prend pas en charge le procès.

Ex : Je ne crois pas qu’il vienne.

La même possibilité est offerte en cas d’interrogation, puisque l’énonciateur suspend son adhésion.

Ex : Croyez-vous qu’il vienne.

2. Temps

Le temps de la subordonnée rectrice détermine dans la subordonnée un choix restreint de formes temporelles. C’est la concordance des temps. Cette contrainte dépend de deux facteurs :

    • la sphère temporelle à laquelle appartient la principale
    • la relation chronologique qui unit la subordonnée à la principale.

  • Transposition des temps à l’indicatif

Lorsque la principale est à un temps du présent ou du futur, le repère chronologique coïncide avec le moment de l’énonciation. A l’inverse, le décalage temporel introduit par une principale au passé impose dans la complétive un jeu de transpositions

Ex : Il me disait hier qu’il ne viendrait pas.

 

antériorité de la subordonnée

simultanéité de la subordonnée

postériorité de la subordonnée

principale au passé

plus-que-parfait

transpose le passé

imparfait

transpose le présent

conditionnel

transpose le futur

Il dit qu’...

...il est venu/vînt

...il vient

...il viendra

Il disait que...

...il était venu

...il venait

...il viendrait

  • transposition des temps au subjonctif

Le même phénomène de concordance des temps s’applique au subjonctif. L’absence de subjonctif futur (incompatible avec sa valeur intrinsèque), le relations de simultanéité et de postériorité entre le principale et la subordonnée se marque de la même manière.

 

Antériorité de la subordonnée

simultanéité ou postériorité de la subordonnée

Principale au présent ou au futur

subjonctif passé

subjonctif présent

Je crains / je craindrai

...qu’il ne soit venu

...qu’il ne vienne

Principale au passé ou au conditionnel

subjonctif plus-que-parfait

subjonctif imparfait

Je craignais / je craindrais

qu’il ne fût venu

...qu’il ne vînt

D. ALTERNANCE DES COMPLETIVES PAR QUE OU CE QUE AVEC L’INFINITIF

On la possibilité de faire alterner deux constructions lorsque l’agent du verbe de la subordonnée se confond avec le sujet de la principale.

Ex : Je te promets que je viendrai

Je te promets de venir

Cette alternance s’avère obligatoire avec les verbes de volonté

Ex : Je veux partir et non Je veux que je parte

Avec les verbes d’obligation, de possibilité, de construction personnelle, ainsi qu’avec les verbes à double objet, la complétive est impossible :

Ex : Je te demande de partir et non Je te demande que tu partes

Ex : Je dois partir.

II. COMPLETIVES INTERROGATIVES ET EXCLAMATIVES INDIRECTES

Elles ont perdu la modalité interrogative ou exclamative pour devenir des subordonnées.

Ex : Viens-tu ? > Je t’ai demandé si tu venais.

Comme il a changé ! >J’admire comme il a changé.

A. TRAITS FORMELS

1. Mots introducteurs

On distingue la subordonnée interrogative totale de la subordonnée interrogative partielle.

  • Interrogation totale

Elle est introduite par la conjonction de subordination si parfois nommée adverbe interrogatif. Elle constitue une marque suffisante de subordination.

Ex : J’ignore s’il viendra.

Remarque : contrairement à la circonstancielle de condition, la réalisation de l’événement décrit par la principale n’est suspendue à aucune condition, tandis que pour que soit déclarée vraie une proposition du type nous irons au restaurant, il faut que soit vérifié (s’)il vient. On notera l’opposition de comportement syntaxique : la complétive reste fixe quand la circonstancielle est déplaçable ; la pronominalisation de la circonstancielle est impossible quand on peut reprendre la complétive par le.

La conjonction si peut également introduire l’exclamation indirecte.

Ex : Regarde s’il est mignon.

  • Interrogation partielle

La complétive est introduite par un outil interrogatif qui ne constitue pas une marque suffisante de subordination (il assume une fonction dans la subordonnée et ne doit pas être considéré comme mot subordonnant, à la différence du relatif qui marque l’enchâssement de la subordonnée dans la phrase), mais qui n’assume qu’un rôle démarcatif.

Déterminant quel :

Ex : J’ignore quel nom il porte.

Adverbes interrogatifs :

Ex : J’ignore pourquoi il n’est pas venu.

Remarque : on notera la possibilité, pour l’exclamative indirecte, d’être introduite par l’adverbe combien ou comme.

Ex : Je ne puis vous dire combien je vous trouve changée.

Pronoms interrogatifs qui/que/quoi et le composé lequel :

Ex : Je me demande à quoi tu penses.

On notera deux substitutions exigées par l’interrogation indirecte partielle :

Le pronom interrogatif que ou qu’est-ce que devient ce que

Ex : Je t’ai demandé ce que tu voulais.

Qu’est-ce qui devient ce qui

Ex : Dis-moi ce qui te ferait plaisir.

Remarque : ces deux locutions pronominales sont en réalité formées du pronom démonstratif ce suivi d’une relative déterminative. On aura cependant intérêt à analyser d’un bloc l’outil ce que/ce qui dans l’interrogation indirecte.

2. Intonation et ordre des mots

Il n’y a plus d’intonation propre à l’interrogation ? De même, la postposition du sujet disparaît. Cependant, elle se maintient dans les cas suivants :

obligatoirement derrière quel et qui en fonction d’attributs nécessairement antéposés. Ex : Je me demande quels/qui sont ces amis.

facultativement après les adverbes interrogatifs ainsi que derrière ce qui/ce que

Ex : J’ignore ce que fera le père de ton ami.

B. NATURE ET SENS DU SUPPORT DES COMPLETIVES INTERROGATIVES ET EXCLAMATIVES INDIRECTES

A la différence des complétives conjonctives par que, elles ne peuvent dépendre que d’un support verbal :

Verbes de sens interrogatif

Ex : Je me demande ce qu’il est devenu.

Plus largement, verbes apportant un contenu de paroles

Ex : Raconte-moi ce que tu deviens.

C. FONCTION DE LA SUBORDONNEE

  • Elles occupent la fonction de complément d’objet direct par rapport à leur support verbal.

Ex : J’ignore s’il viendra

  • La fonction de sujet ou apposition au sujet est rare mais possible.

Ex : Pourquoi il n’est pas venu, cela reste toujours sans réponse.

  • La fonction de complément du nom ou de l’adjectif se rencontre dans la langue littéraire

Ex : L’incertitude où j’étais s’il fallait lui dire " madame " ou " mademoiselle " me fit rougir.

  • Elles se rencontrent parfois seules, comme dans les titres de livre ou de chapitre :

Ex : Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares et ce qu’il devint.

D. MODE ET TEMPS

Même mode et même système de temps que dans les autres complétives. On notera que le mode infinitif prend, dans l’interrogation, une valeur délibérative :

Ex : Je ne sais où aller.

III. COMPLETIVES INFINITIVES

Ces dernières sont d’un emploi beaucoup plus restreint que les précédentes. La structure de la proposition infinitive est constituée d’un noyau verbal à l’infinitif dont l’agent est obligatoirement exprimé

Ex : J’entends siffler le train

à moins qu’il ne s’agisse d’un agent indéterminé

Ex : J’entends dire des choses étranges.

A. TRAITS FORMELS

1. Absence de mot subordonnant

Elle est en effet caractérisée par une construction directe : rattachement à son support sans médiation.

Remarque : elle exclut notamment la présence d’une préposition. Je t’ai demandé de venir n’est donc pas une proposition infinitive ou, ici, l’infinitif est seulement complément d’objet du verbe.

2. Groupe verbal et groupe sujet

Le noyau est un verbe à l’infinitif. Il a ici pour rôle d’exprimer la propriété attribuée au groupe nominal (on dit du train qu’il a la propriété de siffler). Il est donc dans cet emploi prédicatif (ce que l’on dit à propos du thème, s’appelle le prédicat ou rhème). Aussi, la proposition peut-elle être remplacée par une proposition à un mode personnel.

Ex : J’entends que le train siffle

J’entends le train qui siffle.

L’infinitif possède en général son propre agent exprimé, thème de la proposition logique :

Ex : Je sens monter la fièvre.

Je la sens monter.

La fièvre que je sens monter.

On notera l’absence fréquente d’un ordre de mot dans l’infinitive.

B. NATURE ET SENS DU SUPPORT DES COMPLETIVES INFINITIVES

l’infinitive dépend obligatoirement d’un support verbal.

  • Verbes de perception, auxquels se rattache le présentatif voici, forme de l’impératif vois et de l’adverbe d lieu, qui peut introduire la complétive infinitive à condition que le verbe de celle-ci soit un verbe de mouvement (Voici venir les temps...).
  • Verbes introduisant le discours indirect libre dans le cas de propositions enchâssées.

Ex : Elle a reconnu l’homme qu’elle croyait être son agresseur.

Remarque : la tournure du type Les résistants ont fait dérailler le train relève d’un emploi périphrastique dans lequel les verbes introducteurs faire et laisser ont perdu leur sens plein pour fonctionner en semi-auxiliaire. L’infinitif n’y occupe pas la fonction de centre de proposition, mais de centre de périphrase, formant avec son semi-auxiliaire un groupe verbal.

C. FONCTION DE LA COMPLETIVE INFINITIVE

Elle est complément d’objet du verbe dont elle dépend. L’infinitive dépendant du présentatif sera dite régime de ce présentatif.